Qu’est-ce que l’emailing e-commerce ?
L’emailing e-commerce regroupe les e-mails qu’une boutique en ligne envoie à ses inscrits et à ses clients pour déclencher des commandes. Il se divise en deux familles. Les scénarios automatisés partent seuls, à la suite d’une action du contact. Les campagnes sont envoyées à une date choisie, à tout ou partie de la base.
Il faut aussi distinguer les e-mails transactionnels des e-mails marketing. La confirmation de commande, l’avis d’expédition ou la réinitialisation du mot de passe répondent à une demande du client. Une relance, une newsletter ou une offre de réactivation relèvent de la prospection, avec des règles de consentement propres, détaillées plus bas.
L’e-mail a une particularité par rapport à la publicité payante. Chaque envoi coûte peu, mais la base s’use. Trop d’envois mal ciblés font monter les désinscriptions et les signalements de spam, puis dégradent la réputation du domaine, et tous les e-mails arrivent moins bien, y compris les confirmations de commande. Le travail consiste donc autant à choisir quand ne pas écrire qu’à écrire.
Sur une boutique, l’e-mail prolonge l’acquisition payante. Chaque visiteur obtenu par Meta ou Google qui laisse son adresse peut être relancé sans payer un nouveau clic. C’est l’une des pistes que nous travaillons dans notre agence e-commerce, avec la conversion du site et la publicité.
Quels scénarios automatisés mettre en place en premier ?
Quatre scénarios couvrent l’essentiel, dans cet ordre de priorité, le paiement abandonné, la bienvenue, l’après-achat et la réactivation. Ils tournent en continu et se règlent une fois, puis s’ajustent tous les trimestres.
| Scénario | Déclencheur | Contenu | Rythme que nous utilisons au départ |
|---|---|---|---|
| Paiement abandonné | Adresse saisie au paiement, commande non finalisée | Rappel du panier, réponses aux objections (livraison, retours, paiement) | 2 à 3 e-mails sur 48 à 72 heures |
| Bienvenue | Inscription à la newsletter | Présentation de la marque, produits phares, avis clients réels | 3 à 4 e-mails sur une à deux semaines |
| Après-achat | Commande expédiée ou livrée | Conseils d’utilisation, demande d’avis, produit complémentaire | 2 à 3 e-mails sur un mois |
| Réactivation | Client sans commande depuis une durée fixée par votre cycle d’achat | Nouveautés, rappel de réassort, offre ciblée | 2 e-mails, puis sortie du flux |
Ces rythmes sont des points de départ, pas des normes. Un produit consommable, comme un café ou un cosmétique, appelle une réactivation calée sur la durée d’usage. Un meuble ou un vélo, qu’on n’achète pas deux fois par an, appelle plutôt des e-mails de conseil et d’accessoires.
Panier abandonné ou paiement abandonné ?
Shopify définit le paiement abandonné comme un passage en caisse resté incomplet alors que le client a fourni son adresse e-mail, plus de dix minutes après cette saisie (Shopify, récupération des paniers abandonnés). Le délai d’envoi de l’e-mail de récupération se règle dans l’administration. Le panier abandonné au sens large, un produit ajouté par un visiteur connu qui ne passe pas en caisse, demande un outil d’e-mailing relié au site et un contact déjà identifié.
Ne mettez pas de code promo dans le premier e-mail de relance. Les clients l’apprennent vite et abandonnent leur panier pour l’obtenir. Nous réservons une éventuelle remise au dernier e-mail, et seulement si la marge le permet.
Comment organiser les campagnes ?
Planifiez-les sur le même calendrier que la publicité. Les temps forts, les lancements et les réassorts donnent les dates, et chaque campagne a un objectif et un segment. Une newsletter envoyée à toute la base faute de mieux est le premier envoi à supprimer.
Alternez les envois qui vendent et ceux qui apportent quelque chose sans rien demander, un guide d’utilisation, les coulisses d’une fabrication, un comparatif entre deux produits de la gamme. Une base qui ne reçoit que des promotions finit par n’ouvrir que les promotions, et la marge suit.
Fréquence
Il n’existe pas de bonne fréquence universelle. Elle se règle sur les signaux de la base, taux de désinscription et taux de signalement de spam, mesurés à chaque envoi. Quand ils montent, on réduit l’envoi aux contacts les moins engagés avant de réduire la fréquence pour tous. Les acheteurs récents tolèrent davantage d’e-mails que les inscrits qui n’ont jamais commandé.
Les campagnes de temps fort se préparent comme une campagne publicitaire. L’e-mail d’annonce, le rappel et la relance de fin d’offre sont écrits ensemble, les segments exclus sont définis à l’avance, à commencer par les clients qui ont déjà acheté pendant l’opération.
Comment segmenter une base e-commerce ?
Segmentez d’abord sur ce que les contacts ont fait, ensuite sur ce qu’ils ont déclaré. Les achats sont la donnée la plus fiable que vous possédez. Trois questions suffisent à construire les premiers segments. Quand a-t-il acheté pour la dernière fois ? Combien de fois ? Pour quel montant ?
- Inscrits sans achat, à convertir avec le scénario de bienvenue et des campagnes de découverte.
- Clients d’une seule commande, le segment le plus nombreux en général, à amener vers une deuxième commande.
- Clients réguliers, à qui l’on présente les nouveautés en premier et à qui l’on évite les remises inutiles.
- Clients inactifs, dont la date du dernier achat dépasse votre cycle habituel, à réactiver ou à sortir des envois.
Ajoutez ensuite la catégorie de produits achetée. Une marque qui vend des soins pour le visage et pour le corps n’envoie pas la même nouveauté aux deux groupes. Le calculateur de valeur vie client aide à chiffrer ce que vaut un client récurrent, donc l’effort à consacrer à chaque segment.
Depuis la recommandation de la CNIL sur les pixels de suivi, l’ouverture d’un e-mail n’est plus une donnée de segmentation sur laquelle compter sans consentement. Les clics, les visites identifiées et surtout les achats prennent le relais, ce qui rend la segmentation plus robuste.
Quelles règles de consentement respecter en B2C ?
En France, l’envoi d’e-mails de prospection à des particuliers exige leur consentement préalable. La CNIL le veut libre, spécifique, éclairé et univoque, donné par une action positive comme une case à cocher dédiée et non pré-cochée. L’acceptation des conditions générales ne suffit pas (CNIL, la prospection commerciale par courrier électronique).
L’exception des clients
Un client peut recevoir sans consentement préalable des offres pour des produits ou services analogues à ceux qu’il a achetés auprès de la même entreprise. Il doit avoir été informé au moment de la collecte et pouvoir s’y opposer simplement, puis à chaque envoi. La CNIL précise que cette exception ne joue pas tant qu’aucune vente n’a eu lieu, même si la personne a créé un compte sur le site. Un compte créé sans commande ne vaut donc pas inscription à la newsletter.
Ce que nous vérifions sur chaque boutique
- Une case dédiée, non cochée, sur le formulaire d’inscription et au paiement.
- Une distinction dans l’outil d’e-mailing entre inscrits consentants, clients et simples comptes.
- L’identité de l’expéditeur et un lien de désinscription visible dans chaque e-mail marketing.
- Aucune base achetée ou louée envoyée depuis le domaine principal de la marque.
La relance de paiement abandonné pose une question de qualification. Par prudence, nous la configurons pour les contacts qui ont consenti au marketing ou qui sont déjà clients, et nous faisons valider le reste par le conseil juridique de la marque. En B2B, la prospection d’un professionnel peut reposer sur l’intérêt légitime si l’offre a un rapport avec sa profession, mais ce guide traite des clients particuliers.
Que change la recommandation de la CNIL sur les pixels de suivi ?
Elle soumet au consentement le pixel qui mesure l’ouverture d’un e-mail à des fins marketing, statistiques ou de personnalisation. La CNIL a publié cette recommandation le 14 avril 2026 (CNIL, pixels de suivi dans les courriers électroniques). Deux usages en sont exemptés, l’authentification et la sécurité, et la mesure individuelle de la délivrabilité liée à un service demandé par le destinataire.
Pour les adresses collectées avant le 14 avril 2026, la CNIL laissait jusqu’au 14 juillet 2026 pour informer les destinataires et leur permettre de s’opposer. Passé ce délai sans information, le consentement devient en principe nécessaire, y compris pour ces anciennes adresses, selon les questions-réponses publiées par la CNIL.
Les points pratiques à retenir
- L’exemption de délivrabilité vise l’adaptation de la fréquence ou l’arrêt des envois aux inactifs. La CNIL indique qu’en principe, la seule donnée nécessaire est la date de dernière ouverture.
- Collecter des données anonymes ou agrégées par un pixel ne dispense pas du consentement. En revanche, des données collectées légalement puis anonymisées peuvent servir à un taux d’ouverture global de campagne.
- Les liens traçants ne sont pas visés directement, mais la CNIL rappelle qu’ils relèvent de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés.
- Un centre de préférences unique peut regrouper pixels et désinscription, à condition que le choix reste simple et rapide.
Vérifiez les réglages de votre outil d’e-mailing. Beaucoup activent le suivi des ouvertures par défaut, et c’est à l’expéditeur, pas à l’éditeur du logiciel, de recueillir le consentement. La logique est proche de celle des cookies sur le site, traitée dans notre guide du Consent Mode v2.
Comment protéger la délivrabilité ?
Authentifiez le domaine d’envoi, facilitez la désinscription et surveillez le taux de spam. Ce sont les trois exigences que Gmail et Yahoo appliquent aux expéditeurs depuis février 2024.
Gmail demande à tous les expéditeurs une authentification SPF ou DKIM et un taux de spam inférieur à 0,3 % dans Postmaster Tools. Au-delà de 5 000 messages par jour vers des comptes Gmail, il faut SPF et DKIM, un enregistrement DMARC, l’alignement du domaine de l’expéditeur et un désabonnement en un clic avec un lien visible dans le corps du message. Google conseille de rester sous 0,10 % de spam et d’éviter d’atteindre 0,30 % (Gmail, consignes pour les expéditeurs). Yahoo demande aussi le désabonnement en un clic et sa prise en compte sous deux jours (Yahoo, Sender Best Practices).
Les habitudes qui tiennent une base en bonne santé
- Envoyer les campagnes depuis un sous-domaine dédié, pour isoler la réputation marketing des e-mails transactionnels.
- Retirer des envois réguliers les contacts inactifs depuis longtemps, après une dernière tentative de réactivation.
- Monter les volumes progressivement sur un nouveau domaine ou un nouvel outil.
- Ne jamais importer une liste dont vous ne connaissez pas l’origine du consentement.
Un taux de spam qui grimpe se voit d’abord dans Postmaster Tools, avant la baisse du chiffre d’affaires. Nous le consultons après chaque grosse campagne, et toujours avant un temps fort.
Comment mesurer ce que rapporte l’emailing ?
Mesurez les commandes et le chiffre d’affaires par destinataire, pas le taux d’ouverture. L’ouverture est devenue une donnée faible pour deux raisons. Elle exige désormais un consentement en France, et la fonction « Protéger l’activité dans Mail » d’Apple télécharge le contenu distant à la réception du message et non à sa consultation, ce qui compte des ouvertures qui n’ont pas eu lieu (Apple, protéger la confidentialité des e-mails).
Les clics restent utiles, à condition de respecter les mêmes règles de consentement pour les liens traçants. La donnée la plus solide est la commande attribuée à l’e-mail, croisée avec les ventes réelles de la boutique. Paramétrez des UTM cohérents pour lire ce trafic dans votre outil d’analyse, et vérifiez que votre tracking distingue l’e-mail des autres sources.
Mesurer l’effet réel d’un scénario
Un e-mail de relance s’attribue parfois des commandes qui seraient venues sans lui. Pour un scénario important, gardez un groupe témoin qui ne le reçoit pas, puis comparez. Exemple hypothétique. Sur 2 000 paiements abandonnés, 1 800 reçoivent la relance et 200 non. Si 9 % du premier groupe finit par commander contre 5 % du groupe témoin, l’effet propre de la relance est de quatre points, pas neuf.
Ramenez enfin ce gain à la marge. Une relance qui récupère des commandes avec 15 % de remise peut coûter plus qu’elle ne rapporte. Le calculateur de panier moyen et la marge de chaque segment disent quelle remise la boutique peut se permettre. Si votre site est sur Shopify, notre agence Shopify peut relier ces données à vos campagnes publicitaires.