Comment calculer le ROAS ?
Le ROAS (return on ad spend) se calcule en divisant le chiffre d’affaires attribué à la publicité par les dépenses publicitaires qui l’ont généré : ROAS = chiffre d’affaires attribué ÷ dépenses publicitaires. Il s’exprime en multiple (4) ou en pourcentage (400 %). Google l’illustre dans son aide sur le ROAS cible : 5 dollars de ventes pour 1 dollar de dépenses correspondent à un ROAS cible de 500 %.
Exemple de calcul hypothétique : une campagne coûte 1 000 € et les plateformes lui attribuent 4 000 € de ventes. Le ROAS vaut 4 000 ÷ 1 000 = 4, soit 400 %. Chaque euro investi a « rapporté » 4 € de chiffre d’affaires, selon les règles d’attribution de la plateforme.
Cette formule est simple, mais elle dit peu de chose sur la rentabilité. Un ROAS de 4 peut être très rentable pour une marque à forte marge et déficitaire pour une autre. C’est pourquoi, chez Creapreneurs, nous ne fixons jamais un objectif de ROAS sans avoir d’abord calculé le seuil de rentabilité de la marque, ce que nous faisons dès le diagnostic de notre accompagnement en agence e-commerce.
Qu’est-ce que le ROAS de rentabilité (break-even ROAS) ?
Le ROAS de rentabilité, ou break-even ROAS, est le ROAS minimum en dessous duquel chaque vente générée par la publicité fait perdre de l’argent ; il se calcule ainsi : ROAS de rentabilité = 1 ÷ taux de marge contributive. Au-dessus de ce seuil, la publicité dégage de la marge ; en dessous, elle en détruit.
Le point décisif est la définition de la marge. Nous utilisons la marge contributive avant publicité : chiffre d’affaires hors taxes, moins le coût des produits, les frais d’expédition et de préparation, les frais de paiement, et une provision pour les retours et remboursements. Les charges fixes (salaires, loyers, abonnements) n’y figurent pas.
Exemple de calcul hypothétique : pour un panier moyen de 60 € HT, le coût des produits est de 21 €, la logistique de 6 € et les frais de paiement et de retours de 3 €. La marge contributive vaut 60 − 21 − 6 − 3 = 30 €, soit 50 % du panier. Le ROAS de rentabilité est de 1 ÷ 0,50 = 2 : il faut 2 € de chiffre d’affaires HT attribué pour chaque euro de publicité, simplement pour ne pas perdre d’argent.
| Marge contributive avant publicité | ROAS de rentabilité | En pourcentage |
|---|---|---|
| 20 % | 5,0 | 500 % |
| 25 % | 4,0 | 400 % |
| 30 % | 3,3 | 333 % |
| 40 % | 2,5 | 250 % |
| 50 % | 2,0 | 200 % |
| 60 % | 1,7 | 167 % |
| 70 % | 1,4 | 143 % |
Le tableau montre pourquoi les marques à faible marge souffrent en publicité : à 20 % de marge, il faut 5 € de ventes par euro dépensé pour simplement couvrir la dépense. Travailler le prix, le panier moyen ou les coûts logistiques fait souvent davantage pour la rentabilité que n’importe quel réglage de campagne.
Quel ROAS cible fixer pour être rentable ?
Le ROAS cible se fixe au-dessus du ROAS de rentabilité, en fonction de la marge nette que vous voulez conserver après publicité : ROAS cible = 1 ÷ (taux de marge contributive − taux de marge visé après publicité). Il se décide à partir de vos chiffres, jamais à partir d’une moyenne de secteur.
Exemple de calcul hypothétique : avec une marge contributive de 50 % et l’objectif de conserver 15 % du chiffre d’affaires après publicité, la publicité peut consommer 35 % du chiffre d’affaires. Le ROAS cible vaut 1 ÷ 0,35 ≈ 2,86, soit environ 286 %.
Deux nuances changent ce calcul en pratique :
- Nouveaux clients et clients existants : une campagne qui touche surtout des clients fidèles affiche un ROAS flatteur sans créer de croissance. Nous acceptons un ROAS plus bas sur l’acquisition de nouveaux clients lorsque le réachat est prouvé par les données.
- Le niveau de campagne : fixer le même ROAS cible pour toutes les campagnes ignore leur rôle. Une campagne de découverte et une campagne de remarketing ne se jugent pas sur la même barre.
Côté Google Ads, la stratégie d’enchères au ROAS cible exige que des valeurs de conversion soient transmises et, pour le Réseau de Recherche et Shopping, au moins 15 conversions au cours des 30 derniers jours (About Target ROAS bidding). En dessous, mieux vaut piloter avec d’autres stratégies. Nos guides sur le budget Meta Ads et sur Performance Max détaillent la déclinaison par plateforme.
ROAS, MER, POAS, CAC, LTV : quels indicateurs utiliser ?
Le ROAS mesure l’efficacité d’une campagne telle que la voit une plateforme ; le MER, le POAS, le CAC et la LTV permettent de juger la rentabilité de l’ensemble et doivent être suivis ensemble. Chacun répond à une question différente, résumée dans le tableau ci-dessous.
| Indicateur | Formule | Question à laquelle il répond | Limite |
|---|---|---|---|
| ROAS | Chiffre d’affaires attribué ÷ dépenses publicitaires | Cette campagne génère-t-elle des ventes selon la plateforme ? | Dépend de l’attribution de chaque plateforme |
| ROAS de rentabilité | 1 ÷ taux de marge contributive | À partir de quel ROAS la publicité est-elle rentable ? | Suppose une marge correctement calculée |
| MER (marketing efficiency ratio) | Chiffre d’affaires total ÷ dépenses marketing totales | L’ensemble du marketing est-il efficace ? | Ne distingue pas les canaux |
| POAS (profit on ad spend) | Marge générée ÷ dépenses publicitaires | La publicité crée-t-elle de la marge ? | Nécessite les coûts produits par commande |
| CAC (coût d’acquisition client) | Dépenses d’acquisition ÷ nombre de nouveaux clients | Combien coûte un nouveau client ? | Doit isoler les nouveaux clients |
| LTV (valeur vie client) | Marge cumulée d’un client sur une période donnée | Combien un client rapporte-t-il dans le temps ? | Estimation, à recalculer régulièrement |
Le POAS mérite une attention particulière : son seuil de rentabilité est toujours 1, quelle que soit la marge, puisqu’il intègre déjà les coûts. Le ratio LTV ÷ CAC indique enfin combien vous pouvez investir pour acquérir un client en tenant compte de ses achats futurs. Nous le calculons sur la marge, jamais sur le chiffre d’affaires, et sur une période que vos données permettent réellement d’observer.
Exemple complet : du ROAS plateforme à la rentabilité réelle
Un même mois peut afficher un ROAS plateforme confortable et une rentabilité réelle faible : seul le rapprochement avec le back-office et la marge permet de trancher. Voici un exemple entièrement hypothétique, construit pour illustrer la méthode que nous appliquons chaque mois.
| Donnée (exemple hypothétique) | Valeur | Calcul |
|---|---|---|
| Dépenses Meta Ads | 6 000 € | |
| Dépenses Google Ads | 4 000 € | |
| Ventes attribuées par Meta | 18 000 € | ROAS Meta = 3,0 |
| Ventes attribuées par Google Ads | 14 000 € | ROAS Google = 3,5 |
| Somme des ventes attribuées | 32 000 € | Plus que le chiffre d’affaires réel |
| Chiffre d’affaires HT réel du site | 28 000 € | MER = 28 000 ÷ 10 000 = 2,8 |
| Marge contributive (50 %) | 14 000 € | POAS global = 14 000 ÷ 10 000 = 1,4 |
| Marge après publicité | 4 000 € | 14 000 − 10 000 |
La somme des ventes attribuées dépasse le chiffre d’affaires réel : c’est normal, car une même commande peut être revendiquée par Meta et par Google. Le MER de 2,8 reste au-dessus du ROAS de rentabilité de 2, et la publicité dégage de la marge. Si le chiffre d’affaires réel inclut aussi les ventes organiques et email, il faut garder en tête que le MER mesure l’ensemble, pas la seule publicité.
Quels pièges d’attribution faussent le calcul du ROAS ?
Le ROAS affiché par une plateforme dépend de ses règles d’attribution, de la valeur transmise et de la qualité du tracking : trois sources d’écart qu’il faut neutraliser avant de comparer des chiffres. Voici les pièges que nous rencontrons le plus souvent.
- Le double comptage : chaque régie s’attribue les ventes qu’elle a touchées, d’où une somme supérieure au réel.
- Le modèle d’attribution : Google Ads propose aujourd’hui le modèle basé sur les données, par défaut pour la plupart des actions de conversion, et le dernier clic ; les modèles au premier clic, linéaire, avec dépréciation dans le temps et basé sur la position ne sont plus pris en charge (About attribution models). Changer de modèle change le ROAS affiché, pas les ventes.
- La valeur HT ou TTC : si la plateforme reçoit un montant TTC frais de port inclus, son ROAS est gonflé par rapport à un calcul de marge HT. La valeur transmise doit être définie une fois pour toutes.
- Les retours et annulations : la plateforme compte la commande, votre compte de résultat compte le remboursement.
- Les conversions modélisées : liées au consentement, elles apparaissent avec un délai. Notre guide sur le Consent Mode v2 explique leur fonctionnement.
- Les campagnes de marque et de remarketing : elles captent des acheteurs déjà décidés et affichent des ROAS élevés sans forcément créer de ventes supplémentaires.
Pour GA4, distinguez aussi les événements clés d’Analytics et les conversions Google Ads : l’aide Google Analytics précise que les conversions Google Ads n’apparaissent pas dans les rapports standard d’Analytics. Un tracking propre, que nous installons en tant qu’agence tracking publicitaire, reste le préalable à tout calcul fiable.
Comment piloter la publicité sur la marge avec Shopify et Merchant Center ?
Pour passer d’un pilotage au chiffre d’affaires à un pilotage sur la marge, il faut renseigner le coût de chaque produit dans Shopify et dans Google Merchant Center, puis exploiter les données de panier dans Google Ads. Ces briques existent nativement, mais elles sont rarement complétées.
Dans Shopify, les rapports de profit calculent la marge brute selon la formule ((ventes nettes − coût) ÷ ventes nettes) × 100, avec l’exemple de 50 $ de ventes nettes pour 30 $ de coût, soit 40 % de marge. Shopify précise que le profit n’est calculé que pour les produits et variantes dont le coût était renseigné au moment de la vente : un catalogue sans « coût par article » ne produit donc aucun rapport de marge exploitable.
Côté Google, l’attribut cost_of_goods_sold de Merchant Center sert à estimer la marge brute de vos produits, et Google indique qu’une estimation suffit. Associé aux conversions avec données de panier, il donne accès dans Google Ads à des rapports de chiffre d’affaires, de marge brute, d’articles vendus et de panier moyen. Conditions : un compte Merchant Center associé au compte Google Ads et des identifiants d’articles identiques à ceux du flux produits.
Notre méthode : compléter les coûts dans Shopify, les reporter dans Merchant Center, activer les données de panier, puis construire un tableau de bord mensuel qui réunit dépenses, chiffre d’affaires réel, marge, MER et POAS. C’est ce tableau, plus que les interfaces des régies, qui guide nos arbitrages de budget en performance marketing.
Check-list Creapreneurs pour un ROAS réellement rentable
Un ROAS n’a de sens que s’il est comparé à un seuil de rentabilité calculé sur votre propre marge et vérifié avec votre chiffre d’affaires réel. Voici les étapes que nous suivons avec chaque marque accompagnée.
- Calculer la marge contributive par produit ou par catégorie, avec logistique, frais de paiement et retours.
- En déduire le ROAS de rentabilité, puis un ROAS cible selon la marge visée après publicité.
- Définir la valeur transmise aux plateformes (HT ou TTC, avec ou sans frais de port) et la garder constante.
- Vérifier la déduplication et la justesse des valeurs de conversion, notamment via l’API de conversion Meta.
- Suivre chaque mois le MER et le POAS à partir du back-office, pas seulement le ROAS des plateformes.
- Isoler les nouveaux clients pour calculer un CAC réel et le comparer à la LTV observée.
- Relire les campagnes de marque et de remarketing avec un regard critique sur leur contribution réelle.
Cette discipline évite deux erreurs opposées : couper une campagne d’acquisition rentable parce que son ROAS plateforme paraît bas, ou augmenter le budget d’une campagne qui ne fait que capter des ventes acquises. Dans les deux cas, la décision se prend sur la marge.